Figuration du Rien 

The creepiest image generated by BigGAN 

 

Sur Facebook le 06-08-2023

L'inspiration m'est venue par Nils Detournay 
dans OuLiPo.. ou pas :

"tableau abstrait mais pas trop"

Un peu comme dans ce lien :
The creepiest images generated by BigGAN
Un concept, une conceptualisation de l'abstraction que je développe depuis que j'ai eu un appareil photo en main, naviguant au gré de l'imaginaire, du réalisme confus jusqu'à la plus pure illusion. Aujourd'hui l'IA a repris le flambeau et sans queue ni tête accomplit ce but ultime de l'abstraction qui serait la figuration du rien.

Elle le fait par erreur, et comme elle n'a pas de cerveau elle a atteint trop vite les limites de son oeuvre. Ses production sont mises à la poubelle, le flambeau abandonné, jeté à terre.
Je m'empresse de le reprendre trop content de poursuivre mes travaux, emmené sur mon char de bataille, Lapin Crétin et Canard sans tête, mes algo-destriers favoris fouettés jusqu'au sang...

Moins que Rien
Rien
Plus que Rien

 

 

 

 

 

 

Sur Facebook le 09-08-2023

Jean-Flavien Piquemal
a l’instar de Frankenstein, il faudra éviter que la ou lesdites créations ne deviennent un monstre

albert lemoine
Qu'est-ce qu'un monstre ?

Par exemple un monstre féminin cela n'existe pas. Même si on lui enlève la presque totalité de ses attributs, la féminité à elle seule ne sera jamais monstrueuse.
Le monstre a besoin d'être défini en tant que tel. Pour cela il faut lui rajouter quelque chose qui ne lui appartient pas.

Dans la perspective des nouvelles choses et des nouveaux objets tels que je les conçois maintenant dans la "figuration du Rien", ils seront tellement étranges qu'on ne pourra rien y accrocher, rien y ajouter. Je parle au futur car vois-tu, l'idée de la représentation du rien est toute nouvelle, elle date d'hier. Il m'est encore très difficile de concevoir des images à l'instar des "creepiest images generated by BigGAN", qui elles sont seulement considérées comme des erreurs du programme, alors que pour ma part les miennes doivent être de véritables créations. Mais quand tu crées, tu te sens toujours obligé de rajouter quelque chose au "rien" pour qu'il devienne un "Rien". Tu vois la contradiction ? Jusqu'à maintenant je n'y suis pas encore arrivé.

 

 



Il faut être pire que la machine

 

Sur Facebook le 11-12-2023

OuLiPo.. ou pas
Nils Detournay · 22 h 

« Je m'interroge sur la photographie , qu'est-ce qu'une image ? Qu'est-ce que le processus de création ? Est-ce que maitriser la/les technique(s) c'est important ? Finalement, quel est le sens de tout cela , de « créer » des images ? Quelle est la différence entre photo et image ? Ce qui compte c’est le message , la technique, la démarche ou l’aspect instinctif ?
Ben voilà, ça fait plus de 15 ans que je fais de la photo, des photos et je n’ai aucune de ces réponses.
Ah ! Et ça , c’est fait en 3 clics sur un générateur d’images IA, en restant assise au coin du feu sur mon canap … »
Manon Weiser 

Albert Lemoine

Il faut être pire que la machine

Je mets un cœur rose saignant à point, pas forcément pour l'image, mais surtout pour la réflexion et l'inquiétude de Manon Weiser (citée par mon ami Nils Detourney), envers la concurrence déloyale d'une IA génératrice, comme on en voit ici la démonstration avec cette simili-photographie. On est bien obligés de le reconnaître, la limite entre le concept de "génération" et de "création" est ténue. Que l'originalité et la pertinence de la composition soient produites par une machine selon un protocole qui nous est parfaitement étranger, à nous les photographes, cela fait mal. Que devient notre raison d'être ?

Je ne serais pas aussi pessimiste, car on peut juger l'affaire selon un autre point de vue que le seul combat perdu d'avance : Photographe versus IA. Finalement pourquoi ne pas profiter des avancées considérables de la technique et s'en servir en l'intégrant simplement à notre travail. Ainsi au lieu d'être assujetti à la puissance génératrice-créatrice de l'IA ou bien si on s'y oppose, de se sentir rejeté dans les cordes du ring photographique, autant s'en faire une amie et utiliser ses algorithmes soldats à bon escient, c'est-à-dire à notre seul bénéfice.

Mais pour cela il faut prendre la peine d'aller se renseigner auprès d'eux, donc de bien les connaître. Si tu veux le vaincre connais ton ennemi.

Ma tournure d'esprit m'incitant depuis toujours à préférer à l'image l'assemblage des images, à mon avis plus fructueux, une corne d'abondance d'où jaillissent les métaphores, m'a donc favorisé et rendu familier à ce qui deviendra plus tard le processus essentiel de l'IA dans la création artistique. Car au fond, à quoi se résume la méthode sinon à puiser dans une base de données des mots des images et les assembler ? Que l'IA le réalise d'une façon complètement idiote mais efficace, tant mieux. Par exemple pour le texte aligner les mots uniquement selon la probabilité du mot suivant, et pour les images les fusionner avec un système probabiliste tout aussi performant. Si par hasard du génie en sort au moins on saura que l'IA n'y est pour rien, et que de toute façon nous serons seuls juges.

La vertu du hasard est de se renouveler sans cesse. Ainsi en va-t-il de mes déambulations au milieu d'un assemblage dont les sources proviennent de la volonté de photographier un paysage en mille morceaux pour le recomposer ensuite mais de la façon la plus absurde qui soit. En tout cas loin des capacités raisonnables du logiciel d'assemblage. Selon mes injonctions délirantes, dans la cadence infernale des temps entrechoqués de l'image. Pour une harmonie finale du rendu de l'espace répondant à mon seul désir. C'est là que les algorithmes, détournés et subvertis, déserteurs de l'IA, me sont enfin utiles. Renommés à mes couleurs, leur ayant donné des petits noms affectueux comme Lapin agile, Lapin crétin ou Canard sans tête, ils fusionnent, allègrement virtuoses, bien mieux que je ne saurais le faire, d'impossibles hasards dans de nouveaux paysages.

C'est ainsi que je vois les choses. Il faut aussi exploser les mécanismes probabilistes de l'IA, ne retenir dans les limites de ses courbes de Gauss que l'excès, au mépris de toutes les valeurs communes entre les extrêmes et ne garder que ceux-ci, qui comme le bien et le mal s'annulent une fois réunis, leurs valeurs absolues fusionnées avec humour plus vrai que l'amour, nous offrant l'idéal de notre liberté.

 

Improvisation