Cascade des Tufs Le photographe, le peintre Et moi pensant peindre des photographies... Ce geste me semble si naturel, mais en quoi peut-il ressembler à celui du peintre ? Géricault achevait Le Radeau de la Méduse. Ayant pris comme modèles certains de ses amis, dont Eugène Delacroix, a-t-il dit : Pour moi, un peintre, un naufragé, c'est pareil. ? La peinture est avant tout une histoire de
composition. En étudiant la toile de Géricault, voilà qui est amusant,
Et le poète ? Il peint le poème, il dessine les mots, il peint les mots eux-mêmes ? Non, il n'a pas besoin de les peindre puisqu'il est déjà dans les mots. Apparaissent aussi des pyramides ? je ne sais pas, je crois que c'est très différent. Comme une autre façon de jouer de la paréidolie, sans image, plus profondément, pour la musique. La paréidolie, art premier de la métaphore. je peins des métaphores dans la photographie, ensuite je découvre les pyramides, je recherche alors leur paradigme. Est-ce une recherche vaine comme dans la Poésie Blanche ? Je ne pense pas qu'il s'agisse de la même chose. Dans la poésie blanche, en route vers l'essence première on va seulement sans le savoir plonger dans l'abîme. Le photographe, le peintre, le poète, le mouvement La nature du sens est dans son mouvement. Le sens n'est pas fixé comme l'essence.
D'autre part, ce n'est pas pour moi n'importe quel mouvement. Par exemple avec la métaphore on ne parle que d'une partie du mouvement, le
déplacement. Mais l'idée de déplacement doit participer d'une notion étendue du mouvement : Je reviens à la Cascade des Tufs, où un des mouvements du sens est celui-ci, en rapport direct avec l'étendue du champ photographique :
Mais les berges Ces vers de toute beauté illuminent la profondeur. Et une équivalence formidable m'est offerte ici. Ainsi, dans l'écriture photographique, la fixité de l'image stoppe le mouvement du sens, solidifie les bords. Pendant le processus d'agrandissement du champ photographique, ainsi que l'éloignement du sujet dans les profondeurs, les berges demeuraient mouvantes. Elles s'étendaient indéfiniment. Mais je n'ai pas poursuivi le mouvement. Je l'ai figé afin que ma photographie écrive maintenant avec la lumière, dans les consonnes et les voyelles de la parole intérieure. Ce que dit cette parole dans le poème, la photographie le montre. Le photographe, le peintre, le poète, le mouvement, l'abîme Si on se fie seulement à notre perception visuelle, finalement très réduite, à tous points de vue, on perd les avantages du voyage qui nous emmène dans le souffle des vents imaginaires. Si on se limite aux capacités optiques de l'appareil photographique, on enferme mécaniquement l'image dans le cadre, dans une cage. Tout comme le chasseur y piège les animaux et les tue. Le dompteur lui, beaucoup plus féroce que ses fauves, les maintient en vie pour plus tard sur la piste les montrer en croyant nous faire oublier qu'il est lui même enfermé dans la cage. A la recherche d'une vision plus
ample pour le paysage, plus profonde en moi, j'ai découvert de nouvelles limites à la cage. Phénomène étrange, celle-ci devient comme transparente. Pourquoi ? Comment l'expliquer ? L'abîme, l'ineffable Le même est à la fois l'abîme et l'ineffable. Le même est à la fois penser et être. La parole La parole du poète. La parole du paysage.
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