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Paysages imaginaires
 

Sur Facebook le 19 mai 2023,

Nils Detournay
ouphopo mais pas que
A propos d'une surimpression de Pascal Salet :



Pascal Salet
"Le gisant râlait,
L'océan rageait,
Les vagues écumaient."
Pascal Salet (Fin d'éthers, extrait)
[Photographie : Pascal Salet : L'Exposition Permanente]

albert lemoine
Bonjour Nils,
Tu ne m'en voudras pas, je ne sais pas pourquoi, j'ai un peu de mal avec le degré 0 de la surimpression. Il n'y a rien de péjoratif, cela veut dire que c'est juste le point de départ de cette pratique : Deux photos superposées qui s’entremêlent pendant le mystère de la prise de vue. Je ne dis pas non plus que Pascal Salet est un mauvais photographe, au contraire il est excellent. Mon propos ne concerne que l'aspect technique.
Il y a deux époques pour la surimpression à la prise de vue, l'argentique et le numérique. C'est très différent. En argentique, j'ai commencé ainsi, j'avais vite compris la richesse fantastique de la double vue. Pour que le résultat soit vraiment pertinent, pas trop fade, pas trop confus ni trop mélangé, il faut deux photos contrastées, afin que les lumières de la deuxième photo viennent s'imprimer sur les ombres, les noirs chimiques encore vierges de la première photo. Tu comprends ? C'est de la chimie argentique, de l'alchimie aussi par un mariage puissant de la lumière et de l'ombre. Alors arrive l'imaginaire qui comme chez lui dans les mots peut opérer de toutes ses plus sublimes métaphores. Comme dans cet hypallage de Paul Valéry : "Où tant de marbre est tremblant sur tant d’ombres".
Dans la photographie numérique, cela ne fonctionne plus. L'alchimie numérique est très différente. Elle n'aime pas la surimpression, elle ne sait plus trop quoi y faire car elle considère la lumière sans mystère. Pour retrouver cet abyme insondable de l'imaginaire il faut envisager d'autres types de fusion, par exemple avec la photographie par assemblage. Les fusions algorithmiques du numérique sont sophistiquées et riches aussi, mais très éloignées de la simplicité magique de la lumière argentique.
Donc, tout cela pour dire, que pratiquer la surimpression numérique dans les mêmes modalités que l'argentique, pour moi ce n'est pas terrible, le marbre ne vibre pas autant qu'avant.
Enfin, c'est toujours pareil, chacun ses goûts, je donne juste mon avis personnel. La photographie est avant tout une question d'interprétation. Aussi, je ne vais pas cracher dans la soupe. J'ai des souvenirs d'il y a longtemps où j'étais bien installé au palier 0 et sans contraste de la surimpression argentique, mais quand même, c'était de l'argentique :



 

Sur Facebook le 20 mai 2023,

Nils Detournay Auteur
A propos d'une surimpression de Alban Kalinowski :



Egalement rétif à Alban Kalinowski ?

albert lemoine 
Rétif ? Pas du tout ! Là encore c'est un travail de photographe tout à fait appréciable dans cette veine inépuisable de la surimpression. Par contre je suis très rébarbatif (sic ! Réfléchis donc sur cette formule...) devant l'amalgame de ces surimpressionnistes avec qui tu voudrais m'associer. Je suis d'une autre trempe.
Si en me titillant ainsi tu voudrais que j'étale ma différence, et non ma supériorité (en art les jugements de valeur n'ont aucune portée), tu vas être servi.
Pour commencer, mon art est une uchronie bien réelle créée à l'écart de tous les courants passés qui ont charrié jusqu'à l'embouchure du maintenant et au gré du hasard comme des bois flottés finalement toujours les mêmes choses. Je n'ai rien à voir avec eux, j'avais découvert un autre trésor et chanté pour lui ma propre aventure.
Si tu veux que je te la raconte tu devrais d'abord aller faire un petit tour sur mon site au lieu de te contenter de ma page Facebook comme tous les paresseux du coin.
Dans la rubrique PANORAMA, à l'intérieur des neuf chapitres où l'on se promène comme dans le "Le jardin aux sentiers qui bifurquent" de Borges, de nombreux exemples jalonnent la route. On peut rapidement faire la différence entre un art qui se contente avec la surimpression de se faire ballotter au gré des opportunités du hasard, et un art qui le prend dans sa main, je parle du hasard, le dresse comme un cheval rétif et le met au labour dans le champ de l'imaginaire.
Cela s'appelle construire un Monde.
Afin de préciser mon propos tu pourrais lire le texte intitulé "surimpressions argentiques" au Chapitre Trois. Il donne des indications sur la façon de faire de la surimpression à la prise de vue, sur l'importance du travail en aveugle, sur l'élaboration et la construction d'un univers plus vaste que le réel.
Ce sont des travaux anciens qui remontent jusqu'au début des années 80 et dont je ne serais plus capable aujourd'hui. Après je suis allé voir ailleurs, mais de toute façon comme dans la vie on raconte toujours la même chose, je garde pour eux une grande affection, ils ont été formateurs de tout le reste. D'autre part ces prouesses impossibles, techniquement dignes du plus aventureux des Asperger, que j'étais sans doute mais je ne le savais pas, tu n'en trouveras de similaires (je te mets au défi) nulle part ailleurs.

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